Pologne Vaccination contre le coronavirus en Pologne
Les programmes de vaccination contre le coronavirus s'accélèrent. Au 14 janvier 35,57 millions de doses avaient été administrés à travers le monde. En Pologne, on peut désormais s'inscrire en ligne ... Si on a plus de 80 ans. Le système des inscriptions a été lancé dans la nuit de jeudi à vendredi. Il s'étendra dans une semaine aux plus de 70 ans. Les plus jeunes devront attendre. Mais déjà un scandale "people" semble avoir radicalement changé l'attitude des Polonais envers le vaccin.
En compagnie des Français, les Polonais sont traditionnellement en tête du classement des peuples anti-vaccins en Europe, même lorsqu'il s'agit du Covid-19.
En décembre dernier, seulement un peu plus de 40 pour cent des Polonais souhaitaient se faire vacciner contre le coronavirus. Mais selon les derniers sondages, à la veille de l'ouverture des inscriptions pour les séniors, hier, ce taux avait grimpé à plus de 60 pour cent.
Une des raisons de ce rebond se trouve dans un message posté sur les réseaux sociaux par Krystyna Janda, une comédienne célèbre, notamment pour ses rôles dans les films d'Andrzej Wajda et de Krzysztof Kieslowski. Le 31 décembre elle écrit qu'elle a reçu sa première dose de vaccin.
Un scandale éclate
De quel droit l'actrice - qui a 68 ans n'est même pas dans la catégorie des séniors, a pu passer en priorité?
Fin décembre, la Pologne avait distribué seulement 52.000 doses du vaccin, destinées uniquement au personnel médical et leurs familles - soit près d'un million de personnes devant être inoculés en priorité.
Krystyna Janda a rapidement modifié le texte de son message pour expliquer que la Faculté de médecine de Varsovie lui avait proposé de se joindre à une action de promotion du vaccin, en compagnie d'autres célébrités du pays.
Mais le mal est fait.
La démarche de ces célébrités a suscité des soupçons, notamment parce que la campagne de sensibilisation n'avait été annoncée nulle part au préalable par l'université.
Les médias pro-gouvernement sautent sur l'opportunité
Si l'affaire a fait grand bruit c'est sans doute aussi parce que Krystyna Janda et les autres acteurs concernés, sont bien connus en Pologne pour leurs prises de position politiques: libérales, et farouchement opposées au gouvernement nationaliste et conservateur.
Du coup, les médias pro-gouvernement et notamment la télévision publique, qui est entièrement au service du parti au pouvoir, ont sauté sur l'occasion pour dénoncer l'hypocrisie de l'élite libérale corrompue ...
Un tabloïd conservateur a même encouragé ses lecteurs à "appeler sur le téléphone de Krystyna Janda", histoire de pouvoir faire comme elle et être vacciné avant son tour, la comédienne affirme avoir même reçu des menaces de mort.
Dédain pour l'élite progresssiste
Krystyna Janda a déclaré qu'elle et ses amis ne prenaient la place de personne, mais recevaient des doses qui auraient été sinon périmées, car le personnel médical ne venait pas se faire vacciner pendant les vacances.
Cela n'a pas empêché le Comité parlementaire pour la Santé de déclarer que Krystyna Janda et ses amis s'étaient octroyé des privilèges pour se faire vacciner avant les infirmières, les médecins, et les ambulanciers ...
Le problème, dans cette histoire, c'est qu'en Pologne, le refus du vaccin va souvent de pair avec le conservatisme et un dédain pour l'élite progressiste.
Un succès?
Mais comment dénoncer cette élite pour avoir sauté la queue pour obtenir le vaccin et en même temps dénoncer le vaccin lui-même?
La fatigue du confinement aidant sans doute, ces gens semblent plus enclins qu'avant a accepter la piqûre, surtout si ça leur permet de dire tout le mal qu'ils pensent de Krystyna Janda.
Si la comédienne voulait promouvoir la vaccination, finalement sa démarche a connu du succès, mais pas exactement de la manière escomptée.