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/ Le défi de l'interprétariat face à la pandémie

Parlement européen

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Le défi de l'interprétariat face à la pandémie

Depuis mars 2020, le Parlement européen est fier de son nouveau système d'interprétariat à distance, le plus important et complexe au monde. Mis en place dès la fin mars 2020, il a permis aux réunions de l'hémicycle européen de se poursuivre en 23 langues, et cela malgré des conditions sanitaires strictes. Une prouesse technique qui ne va pas sans contreparties, notamment pour la santé des interprètes.

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C'est depuis Bruxelles que Tina Lundberg interprète le discours en anglais de Manfred Weber, prononcé lors de la session plénière à Strasbourg. Cette Suédoise suit les propos du Président du Parti populaire européen sur un écran, seule avec un casque et un micro dans sa cabine bruxelloise.

Depuis la pandémie, c'est devenu son lot quotidien, à elle et ses collègues au Parlement européen. Ils sont 250 interprètes fonctionnaires et 1500 interprètes indépendants. Et ils ont tous dû s'adapter.

Une adaptation vitale pour le Parlement

Car pour le Parlement européen, plus que pour les autres institutions européennes, il s'agissait d'une nécessité vitale, explique la directrice générale de la direction de la logistique et de l'interprétation des conférences (DG LINK) du Parlement, Agnieszka Walter-Drop.

"Les autres institutions pouvaient travailler avec un régime linguistique plus restreint. Les chefs d'État pouvaient venir avec leur propre interprète. Nous, on ne pouvait pas le faire."

Le Parlement européen s'est en effet engagé à ce que tous ses membres puissent parler dans leur langue maternelle, soit en 23 langues. Il dispose ainsi du système d'interprétation le plus dense et complexe au monde. A titre de comparaison, l'ONU n'interprète qu'en 6 langues. Le fonctionnement de l'hémicycle européen induit ainsi une charge de travail conséquente pour les interprètes.

"Toutes les sessions parlementaires se déroulent en 23 langues, et durent de 9h du matin à 11h du soir. C'est vraiment très intense, et il y a aussi des réunions de commissions parlementaires, parfois c'est 19 parfois c'est 16 parfois c'est 12, ça dépend des besoins.", affirme Agnieszka Walter-Drop.

Une "prouesse organisationnelle"

Du jour au lendemain, l'institution a donc dû changer complètement ces méthodes de travail. D'un côté, les parlementaires n'étaient plus dans l'hémicycle mais à distance, de l'autre les interprètes ne pouvaient plus rester seuls dans dans leur cabine avec les nouvelles conditions sanitaires.

"Les interprètes devaient être seuls dans leur cabine, ce qui faisait qu'on manquait d'espace pour de nouvelles langues. Les salles devaient avoir 24/23 cabines, soit 23/24 langues. Avec une personne seulement par cabine, ça signifiait plus que huit langues."

Un nouveau système a donc été créé en format hybride, grâce à une collaboration avec Interactio, une startup basée à Vilnius, en Lituanie.

"Aujourd'hui, il y a des interprètes qui travaillent dans les cabines d'interprétation à Strasbourg vers Bruxelles. Et inversement."

L'une des grandes nouveautés ce sont les Hubs installés dans quatre capitales européennes (Vienne, Riga, Londres et Ljubljana) et qui permettent une grande flexibilité dans l'ajout des langues.

"On a aussi développé le système de hubs, des centres d'interprétariat dans quatre capitale européennes, et un système dans lequel les interprètes peuvent travailler à partir de leur domicile ou d'autres endroits, mais toujours on garantit une cohésion par l'outil informatique".

Des interprètes à bout

Mais pour les interprètes, ce nouveau système n'est pas idéal. Habitués à travailler en équipe, les interprètes se retrouvent tout seuls.

"On est habituellement trois collègues dans une cabine, on se relaie le travail en fonction des langues. Depuis la pandémie, on est tout seul et je peux vous dire que la chaleur du troupeau vous manque tout comme la possibilité de se donner un coup de main en cas de doute ou en cas de blanc, ce qui peut arriver.", raconte Tina Lundberg.

Ces nouvelles conditions de travail sont également plus stressantes, car tout dépend de la qualité de connexion des parlementaires qui sont à distance.

"S'il faut simultanément être à la recherche de ses documents, sur son iPad, voir s'il y a des changements et en plus avoir une qualité de son qui est moins bonne que ce qu'on a l'habitude d'avoir, c'est vrai que ça fatigue plus. On a eu un temps de travail réduit mais tout ça a fait que la charge de travail a été perçue comme plus lourde "

La situation peut également engendrer des malentendus, car il est difficile de percevoir l'ironie d'une phrase, ou d'un ton quand personne ne se trouve dans la salle. Tina Lundberg espère donc que ce système sera temporaire.

"En temps normal on peut aussi voir la salle et voir la réaction des gens ce qui est très important pour savoir comment se préparer aux interventions qui vont venir, savoir si c'est une intervention ironique ou pas, sentir la température dans la salle. Ça peut ajouter à à une charge accrue."

Le Parlement européen peut donc être fier de cette prouesse technologique. Mais il paraît difficile de la poursuivre sur le long terme, tant elle dégrade le quotidien des interprètes, qui bien avant la pandémie protestaient déjà contre la détérioration de leurs conditions de travail.

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