France Elections régionales et départementales : la fin du duel Macron-Le Pen ?
Ces deux dernières semaines, les Français votaient pour élire les représentants de leurs collectivités territoriales, au niveau de la région et du département. Les résultats de ces scrutins, qui ont connu une abstention historique, n'ont pas vu de bouleversement politique majeur. Mais ils font figure d'avertissement à l'égard des deux personnalités en tête des sondages pour les élections présidentielles de mai prochain: Emmanuel Macron et Marine Le Pen.
"Circulez, il n'y a rien à voir." Les derniers sondages pour la présidentielle française le disent. Le résultat du premier tour de la Présidentielle reste inchangé après les élections régionales et départementales de dimanche : le Président sortant, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, la Présidente du Rassemblement national arrivent toujours en tête au coude à coude, au Premier tour des présidentielles, avec chacun 24 pourcent des voix.
"Circulez, il n'y a rien à voir"
Et c'est vrai, sur le papier, rien n'a changé ou presque. La gauche traditionnelle conserve les cinq régions acquises en 2015 dont la Bretagne. Et la droite conserve les sept régions qu'elle présidait déjà, dont la plus importante, l'île de France. Même les écologistes ne font pas de grande percée. Alors puisque rien à changer, Emmanuel Macron n'a pas prévu de remanier son gouvernement, ou alors de manière très limité, histoire de resserrer les rangs.
Circulez donc, il n'y a vraiment rien à voir ? Pas si simple. Ces deux formations politiques, qui dominent le paysage français depuis quatre ans, qui ont réduit à peau de chagrin l'influence politique des partis traditionnels aux élections présidentielles, législatives et européennes, se retrouvent aujourd'hui face à l'échec.
Une défaite pour le Rassemblement national
La formation d'extrême droite d'abord, le Rassemblement national, subit une défaite cinglante. Malgré des sondages favorables, elle n'obtient aucune région. Elle devait gagner dans le sud de la France, en Provence Alpes Côte D'Azur, avec un transfuge de droite, Thierry Mariani.
Mais au second tour, il se retrouve loin derrière son rival, Renaud Muselier, des Républicains. Le Rassemblement national devait aussi faire un bon score en Nouvelle Aquitaine et en Île de France, mais là encore, les résultats sont largement décevants. On pourrait dire que ce n'est pas une surprise. Historiquement, l'extrême droite française n'a jamais dirigé de région.
Mais ce qui change désormais, c'est que son poids politique est largement diminué au niveau régional et départemental. Et cette déconvenue n'est pas isolée. Il y a à peine un an, l'extrême droite a aussi perdu de nombreuses villes au élections municipales. La percée du Rassemblement national en France n'est donc pas une réalité si immuable, en tout cas d'un point de vue local.
Un désaveu pour le parti au pouvoir
LRM, la République en Marche, est aussi la grande perdante de ce scrutin. La formation politique du Président n'obtient aucune région. Il est vrai que pour cette jeune formation politique, c'était un baptême du feu.
LRM faisait ses premières élections régionales et départementales. Mais, là où le bât blesse, c'est que le parti, majoritaire à l'assemblée nationale, n'a même pas pu jouer le rôle d'arbitre au second tour. Il a été relégué à l'arrière-plan en totalisant uniquement 7 pourcent des suffrages.
Et cela malgré la participation active de plusieurs membres du gouvernement dont le ministre de la Justice, Eric Dupont-Morreti dans le Nord de la France. Ce résultat vient confirmer l'incapacité de parti ni de droite ni de gauche à s'implanter au niveau local. Aux dernières élections municipales, LREM s'était effacé au profit des partis traditionnels et des Verts.
Des candidats déconnectés
Alors, oui pour Emmanuel Macron et Marine le Pen c'est un avertissement mais ils peuvent encore fermer les yeux. Car après tout, ces élections ont rassemblé très peu de monde. L'abstention a été historique, record.
À peine 35 pourcent des Français sont allés voter. La dernière fois qu'un scrutin avait aussi peu enthousiasmé les foules en France, c'était en 2005 et c'était pour le référendum européen pour ou contre constitution européenne. À la Présidentielle ce sera différent : les Français viennent plus nombreux. Les enjeux seront plus clairs, plus expliqués, les personnalités mieux définies, les documents électoraux seront bien distribués dans les boites aux lettres, nous ne serons plus à l'heure de la réouverture des terrasses, de l'ère post pandémique qui fait préférer le grand air à l'isoloir.
Mais ni Emmanuel Macron ni Marine Le Pen ne pourra dire qu'il en sait plus que que l'autre sur la réalité des territoires, sur le quotidien des français. Car ils seront tous deux déconnectés, et pourront uniquement compter sur leur personnalité pour rassembler les Français, dans ce régime présidentiel de la Cinquième république qui touche aujourd'hui à ses limites.