Film "Ech wollt d'Fraen net op hir Roll als Affer reduzéieren"

Interview mat der kosovarescher Realisatrice Lendita Zeqiraj iwwer hire Film "Aga's House", Gewalt géint Fraen an d'Fräiheet, fir kënne selwer iwwer dat Gutt an dat Béist ze bestëmmen.

Michel Delage

CINEAST Lendita Zeqiraj
Lendita Zeqiraj

Michel Delage: Le groupe de femmes que vous mettez en scène dans votre film "Aga's house" sont victimes de violences, même si vous ne traitez ce thème qu'à la marge. Est-ce qu'il s'agit de victimes de la guerre qui avait sévie au Kosovo à la fin des années 1990?

Lendita Zeqiraj: Ces femmes sont d'abord des femmes, des gens. Je voulais éviter de leur coller l'étiquette de victime dès le début. Nous sommes tous victimes de quelque chose. Par exemple, si quelqu'un nous vole notre place de parking, nous sommes victime, puisqu'il n'en avait pas le droit. Pour moi, "victime" est vraiment un mot imaginaire. C'est la vie, en fait, dont il s'agit.

Au Kosovo, et peut-être même ailleurs, nous, les femmes, en tant que sexe moins fort, nous luttons depuis toujours pour nos droits. Il y a eu cette guerre au Kosovo, mais le film ne montre qu'une seule victime de cette guerre. Ce n'est pas le cas des autres personnages. Emira est victime du trafic d'êtres humains. D'Giyla est la victime des mentalités, car, femme âgée, elle n'a ni enfant ni homme, et donc pas de maison: au Kosovo, même aujourd'hui, les femmes n'ont pas le droit d'hériter, c'est à l'homme que revient l'héritage. Quant à Lumja, elle est victime de violences domestiques. C'est également le cas de Sera. Son père et la société ont fait de lui ce qu'il est devenu maintenant.

Et puis, au centre de cette petite communauté, il y a un gamin ...

Aga est entouré de femmes, il ne connaît pas son père. Il n'a pas de figure masculine qui lui permettrait de grandir. Il a Sera et cette société. Il était très important pour moi d'avoir un homme et un petit garçon qui veut devenir un homme. C'est un peu comme un miroir: Aga pourrait devenir comme Sera, ou bien Aga, c'est Sera petit. Et on y est: la culture, la mentalité, la violence. La société est une société violente.

Le scénario et le film que j'en ai tiré tournent autour de cela. Je trouve que nous choisissons nous-mêmes notre destin, notre vie, et nous choisissons aussi d'être violent.

"On peut changer, le monde peut changer"

Sera, le personnage masculin, est un homme violent. C'est un macho, ou ce que l'on appellerait aujourd'hui un homme toxique. En même temps, vous évitez tout manichéisme. Il a quand même une conscience...

Ça, c'est l'espoir. Je crois vraiment que nous, les êtres humains, nous pouvons changer très vite. Il suffit d'avoir cette conscience, l'idée d'éviter la violence, et une société qui soutient cette idée, aussi celle d'être quelqu'un de bien. Donc, on peut changer, le monde peut changer. Il faut juste avoir cette intention et être soutenu dans cette voie-là.

Une de vos protagonistes dit apprécier une certaine forme de violence dans les relations sexuelles. N'êtes-on pas là dans l'ambiguïté face à la violence?

La violence, tout comme la bonté, est une maladie contagieuse. Les femmes qui ont été battues, violées ou maltraitées accumulent cela tout au long de leur vie. Mais dès qu'elles font face à quelqu'un de moins fort, elles projettent cette violence. Tout en étant très pessimiste, je suis optimiste!

La plus grande partie du film est constituée de dialogues entre ces femmes. Leur langage est très coloré, avec beaucoup d'insultes, beaucoup de sexualité. C'est une façon très libre de parler. Mais n'est-ce pas aussi l'expression de cette violence qu'elles ont accumulée?

Peut-être. Mais les femmes, dès qu'elles sont entre elles sans un homme à côté, se sentent libres. Il est très intéressant de constater que les femmes qui ont le plus subi de mauvais traitements s'expriment de cette façon. Elles compensent par l'humour.

Il y a entre elles aussi des conflits, mais qui se résolvent très vite. La solidarité prend le dessus, elle est plus forte que les conflits, la jalousie, etc.

Oui. L'être humain est solidaire, par défaut. J'ai voulu créer un morceau de vie. Mais d'une vie vraiment brute, une vie vraie, qui est là, devant nous, avec toutes ses nuances. En tant qu'auteure, je ne voulais rien changer, même si c'est moi qui ai tout créé. J'ai essayé de restituer tous les détails d'un être humain, avec toutes ses actions et ses pensées, la façon dont il vit et survit. La vie se passe partout, peu importe les conditions. On peut penser que c'est une vie pourrie, mais ça peut vraiment être une très belle vie. Je ne pense pas que notre société "civilisée" soit une vie. Parce que dans la vie, il faut avoir la liberté de se développer, d'avoir constamment de la curiosité, de ne pas se sentir en sécurité. On perd cette valeur de vie que j'ai essayé de montrer dans ce film.

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