Animatioun "De Public weess wat gutt ass, et muss een em just schéi Saache weisen"

Den Animatiounsfilm "Les hirondelles de Kaboul", eng Lëtzebuerger Co-Produktioun, ass dës Woch am Kino ugelaf. Mam Stephan Roelants, dem Chef vu Melusine Productions a Studio 352, hu mir eis iwwer d'Hannergrënn vum Projet, de Stil vu senge Filmer an den Zoustand vun der amerikanescher Zeechentrick-Produktioun ënnerhalen.

Michel Delage

Hirondelles de Kaboul 2

Interview Stephan Roelants

Michel Delage: "Les hirondelles de Kaboul" vient de remporter deux prix au Festival du film francophone d'Angoulême: meilleur film et meilleure musique (Alexis Rault). Il s'agit certes d'un petit festival, mais ces récompenses doivent quand même vous faire plaisir, juste avant l'exploitation en salle?

Stephan Roelants: Angoulême est un festival très particulier, notamment parce que son président est Dominique Besnehard, qui est très influent dans le domaine du cinéma. C'est un festival qui attire beaucoup l'attention des médias, parce qu'il est fréquenté par beaucoup de gens - des réalisateurs, des acteurs et des actrices. Il est petit et n'en est qu'à sa 12e édition, mais il a un retentissement assez particulier.

Remporter le grand prix était une chose. Surtout, ce qui était fabuleux, c'est que cette année-ci le Luxembourg avait été mis à l'honneur. Et, en présence des Altesses royales, en tant que co-producteur recevoir le prix à l'unanimité d'un jury composé de huit ou neuf personnes, c'était extra!

Quel a été l'apport de Melusine Productions à ce film?

On est assez important, on est deuxième producteur en ligne. Nous avons fait une bonne moitié de l'animation: tous les décors couleur que vous pouvez voir dans le film, ce qu'on appelle le layout, donc la préparation de toutes les scènes, etc. Et puis, en tant que producteur délégué, c'est une portée depuis le concept jusqu'à la commercialisation. Il faut savoir que ce film n'a pas été évident à faire, parce que, bizarrement, il n'attirait pas nécessairement l'attention de chaînes particulières. On a mis quand même du temps pour le financer. Je crois que la première fois qu'on a parlé du film, c'était il y a huit ans.

Pourtant, à la réalisation on retrouve Zabou Breitman, qui est quand même assez connue dans le milieu du cinéma. Elle a co-réalisé le film avec Eléa Gobbé-Mévellec, qui, elle, vient de l'animation.

C'est ça. La particularité, c'est que c'est de l'animation pour un public adulte. C'est un genre de cinéma que j'aime beaucoup et que je veux de plus en plus développer. Il y a des thématiques que cette technique permet d'aborder en restant poétique. Mais c'est un film qui, au départ, s'il faut prendre des risques, personne ne veut les prendre. Parce qu'on se dit: un film sur l'Afghanistan, etc. Or, non seulement, il y avait Zabou Breitman, mais c'est tiré d'un bestseller de Yasmina Khadra ... Au début, pas mal de partenaires n'étaient pas très chauds. Et c'est là que notre Filmfund est important: il nous a suivi tout de suite.

Tout ce qui a un peu de valeur demande beaucoup de travail. Je ne m'en plains pas, c'est mon métier. Melusine Productions fait des films qui rencontrent parfois de grands succès commerciaux, pratiquement toujours du succès critique, mais qui ne sont pas nécessairement des films évidents à faire. C'est un peu notre spécialité.

Pour ce qui est de la fabrication de ces films et de leur esthétique, on remarque une certaine cohérence. Pour "Les hirondelles de Kaboul", les réalisatrices ont, par exemple, opté pour un effet aquarelle qu'on retrouve également dans d'autres de vos films.

C'est tout à fait juste. Après Melusine Productions, j'ai créé Studio 352, il y a 23 ans. Le studio est maintenant réputé mondialement parce qu'il applique toutes les techniques traditionnelles qu'il mélange en fonction des thématiques et de la recherche. Par exemple de l'écoline et du crayon de couleur pour "Ethel et Ernest".

Ce qui est assez spectaculaire, c'est que, maintenant, la technologie - alors qu'on croyait qu'elle était un danger - nous permet d'exploiter les techniques des beaux arts les plus classiques et de les intégrer, des les mélanger: de l'aquarelle, du photoshop, du crayon, de l'écoline ... Dans "Ernest et Célestine", on avait fait des contours au brou de noix, donc à la plume.

"De grands auteurs veulent travailler avec nous"

Ce mélange des techniques crée vraiment une ligne identifiée qui fait la réputation du Studio 352. C'est le talent des équipes ici. J'ai une quarantaine de personnes depuis 23 ans, toujours les mêmes. Ça exige de leur part une formation continue, une intelligence et une maturité pour se remettre en question. Parce que chaque film a une cohérence, mais il y a aussi une diversité. Chaque fois, c'est un film différent. Il faut beaucoup de talent pour faire ça, à tel point que des grands auteurs comme Jean-François Laguionie, Tomm Moore et d'autres s'intéressent et veulent travailler avec nous.

Donc, esthétiquement, vous misez sur le dessin "classique", ce qui tranche résolument avec le côté très léché des grosses productions américaines. Un film comme le récent "The Lion King", par exemple, quitte le domaine du dessin pour aller dans l'animation ultra-réaliste ...

Honnêtement, je ne vais pas faire de commentaire sur la production actuelle des Etats-Unis. Mon opinion, c'est que c'est une véritable catastrophe, un manque d'imagination absolu. Maintenant, on reprend tous les classiques et on les remet en effets spéciaux à coups de centaines de millions ...

Ici en Europe, nous avons une diversité, un patrimoine culturel. Ce qui est important pour Melusine, c'est l'éducation. Il y a une part d'éducation quant au sujet, qui est primordial, qui est mon premier souci, l'histoire, l'intelligence de l'histoire, comme celle de "The Breadwinner" (Parvana) l'année dernière. Et aussi une éducation artistique. On a constaté que l'influence de ce type de films sur les enfants et les familles était fondamental.

"Quel est l'intérêt de l'hyperréalisme par rapport à la poésie?"

Malheureusement, nous sommes devenus des résistants et moi je ne veux pas qu'on n'aie plus que des trucs en 3-D, très froids ... Certes hyperréalisme, mais quel est l'intérêt par rapport à la poésie! Je pense qu'on peut trouver beaucoup plus de poésie dans des mélanges de techniques, dans des dessins, dans quelque chose de plus original. Aux Etats-Unis, on ne voit que les mêmes choses. Il suffit de regarder les personnages: c'est tous les mêmes! On varie la couleur des cheveux, des yeux ... C'est très dommage, parce qu'on est en train d'annihiler l'imagination ...

Et je pense que la production des Etats-Unis en ce moment, eh bien, c'est un peu les raisons pour lesquelles on retrouve certains personnages à la tête de l'Etat! Il y a un manque de réflexion, c'est manichéen, c'est blanc et noir, bref ... Mais nous ici en Europe, nous avons cette richesse.

Donc, un de vos grands défis consiste sans doute à convaincre un public assez nombreux pour suivre vos films, ce genre d'esthétique?

Oui, c'est juste. Ce n'est pas nécessairement la faute du public. Je pense que le public a bon goût. Le problème, c'est: où peut-il aller voir ces films? Dans les multiplex partout en Europe, quand il y a un Avenger qui sort, c'est sur cinq salles. Et donc les films européens, diversifiés, ont beaucoup de difficultés à se faire voir. Mais quand le public les voit ... Des films comme "Ernest et Célestine", "Le Chant de la mer" et "The Breadwinner", donc les trois films pour lesquels on a été nommé dans la catégorie des longs-métrages aux Oscars, ont des carrières vraiment très belles au niveau du public et aussi des carrière commerciales notables.

C'est vraiment l'accès au public qui nous pose problème. Les machines commerciales américaines ont des budgets de promotion supérieurs aux budgets que nous avons pour faire nos films ... Donc on est un petit peu limités dans cette voie-là. Mais moi, je fais confiance au public. Il a bon goût, il faut lui montrer de belles choses, c'est tout!

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