Migratioun De Prinzip vun der Gaaschtfrëndschaft erneieren

Am Kontext vun der globaler Migratioun plädéiert de franséischen Anthropolog Michel Agier fir nees eng al europäesch Traditioun opzefrëschen. A sengem Essai "L'Étranger qui vient. Repenser l'hospitalité" erkläert hien, wéi een de Prinzip vun der Gaaschtfrëndschaft kéint um politesche Plang applizéieren. De Michel Delage hat um Festival "Étonnants voyageurs" zu Saint-Malo mam Michel Agier geschwat.

Michel Delage

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Michel Agier

Interview Michel Agier

Michel Delage: Si l'on part du principe que les mouvements migratoires sont appelés à perdurer, autant - selon vous - rafraîchir des notions comme "l'hospitalité"...

Michel Agier: Les migrations sont appelées à durer dans tous les sens. Pas seulement des pays du sud vers les pays du nord mais des pays du sud vers d'autres pays du sud, des pays du nord vers d'autres pays du nord, des pays du nord vers des pays du sud - il y a beaucoup de retraités européens qui sont attirés par le soleil et qui s'installent assez librement en Afrique du nord, par exemple.

La mobilité sera quelque chose de davantage partagé et davantage égalitaire. C'est ça, la question: l'égalité dans la mobilité. En attendant d'avoir trouvé les bonnes règles et les bons modes de gouvernance de toute cette mobilité généralisée, devant la crise traversée par les pays européens face à une arrivée soudaine de migrants en 2015 (mais c'était déjà préparé avant), les sociétés ce sont mieux organisées que leurs États, d'une certaine façon.

C'est ce qu'on a vu apparaître avec cette tendance à vouloir réouvrir l'hospitalité, réouvrir la porte des gens, et donc relancer quelque chose qui a existé dans les sociétés occidentales, avec toute la tradition grecque de l'hospitalité, la "xenia" (mettre ensemble deux hôtes), et qui existe encore dans d'autres sociétés, en Afrique, en Asie centrale (par exemple en Afghanistan), dans les sociétés arabes...

... c'est une tradition chrétienne, aussi...

C'est aussi une tradition chrétienne. Pratiquement toutes les sociétés - même si des fois ils l'ont perdue - ont eu une culture de l'hospitalité. C'est-à-dire une manière de s'adresser à l'autre, en lui disant: "on te réserve une place". C'est la place de l'invité, souvent près de la porte de la maison, pour une certaine durée pendant laquelle on assure à celui qui arrive qu'il n'est pas traité en ennemi. C'est la première chose: "tu n'es pas traité en ennemi".

C'est la première chose qui a été un peu perdue, et je pense que c'est pour ça qu'il y a eu toutes ces mobilisations de beaucoup de citoyens européens au nom de l'hospitalité.

L'hospitalité n'est-elle pas en fait une obligation du pays d'accueil? Ce n'est pas simplement une faveur qu'on accorde mais une obligation inscrite dans notre culture...

Alors, c'est délicat lorsqu'on passe de la maison ou de la communauté au pays, à l'État. C'est là où le pas est compliqué à franchir. Quand on parle d'hospitalité, on parle d'une relation intime, domestique (au sens propre). On peut l'élargir un peu: c'est ce qui a été fait au Moyen Âge avec les hospices de la charité, "l'hospital" (l'hôpital), donc tous ces lieux où on prend soin de l'autre et on l'accueille quelque soit sa condition, quelque soit sa nationalité, etc.

"Tu n'es pas traité en ennemi"

C'est compliqué de passer au niveau de l'État: là, on parlerait plutôt d'un "principe d'hospitalité". C'est-à-dire qu'on ne va pas ouvrir ou fermer la porte de la nation comme celle de la maison. Si on passe à l'État supérieur (pas forcément l'État national mais qui peut être l'État global, mondial), on dit qu'on a besoin de l'hospitalité pour que les gens puissent circuler dans le monde.

Le philosophe des Lumières Immanuel Kant avait développé l'idée "d'hospitalité universelle" comme condition de la "cosmopolitique": pour que le monde existe et soit en paix (la "paix perpétuelle"), il faut qu'on fasse de la politique à l'échelle mondiale et il faut qu'on ait un principe d'hospitalité universelle. On dit simplement à tout étranger qu'il n'est pas l'ennemi, où qu'il arrive.

C'est un peu le principe des ambassadeurs? On accepte l'ambassadeur d'un pays étranger, même d'un pays qu'on n'aime pas trop mais on en accepte l'ambassadeur, qui jouit d'une certaine immunité. Cela repose sur l'idée de la réciprocité.

Oui. Il y a une tradition des Huns, d'ailleurs, comme quoi l'hospitalité était donnée à l'étranger qu'on considérait comme étant représentant du pays d'où il venait. On lui assurait l'accueil, la réception, la commensalité (le fait de partager un repas), la couche, et le lendemain le rituel du départ. Ça veut dire qu'il faut prévoir ce qui est après.

La meilleure chose qu'on puisse faire dans cette configuration-là, c'est de le prévoir avec la personne elle-même, de le faire d'une manière démocratique, si on veut. Penser un peu les choses à une échelle politique et globale. Une fois qu'on a effectivement donné le droit d'hospitalité à une personne qui arrive, n'importe où dans le monde, tout comme nous, Européens, avons cette hospitalité garantie (nous pouvons aller dans 178 pays dans le monde sans avoir besoin de visa, nous y allons librement et y sommes, en général, bienvenus) - déjà, garantir ça à tout le monde dans le monde serait un changement considérable, une avancée démocratique considérable!

L'hospitalité pensée comme instrument politique

Une autre avancée démocratique consisterait à dire: discutons maintenant ensemble de ce qu'on va faire, de ce que vous allez faire, si vous voulez rester, repartir, comment vous voulez vous établir ou pas établir... Il y a un tas de solutions envisageables qui relèvent de l'économie. Et de la politique: si on veut avoir de bonnes relations entre les États, c'est bien de bien accueillir leurs ressortissants. On le voit bien avec certains États qui réagissent négativement au fait que leurs citoyens soient mal accueillis en Europe. Disons que ça n'entretient pas de bonnes relations diplomatiques...

Donc, je sortirais l'hospitalité de l'aspect philanthropique et charitable pour l'introduire dans la dimension juridique et politique. Il faut en faire un véritable instrument de la politique à l'échelle supranationale.

Dans votre livre, "L'Étranger qui vient. Repenser l'hospitalité" (Éditions du Seuil), vous expliquez que l'hospitalité avait été confisquée par l'État, alors qu'il s'agissait d'une institution privée. Or, en ce moment, l'État n'est pas prêt à accueillir tous ces étrangers qui viennent chez nous et à en faire des hôtes...

Ce n'est pas une adresse contre tel ou tel gouvernement, c'est une longue histoire en Europe. Ce qui était de l'ordre du privé, du familial, du communautaire, est sorti pour devenir de l'ordre des institutions (notamment religieuses), puis de l'ordre du politique, de l'étatique, en particulier au 19e siècle avec le début des institutions et règlements de l'asile. A un point tel qu'au 21e siècle on ne voit plus la trace de ce principe d'hospitalité dans la politique des États, puisque tout est subordonné maintenant à la question territoriale, à la fermeture des frontières, au contrôle et au tri des migrants, etc.

Il reste quelque chose de ce principe dans le droit d'asile, qui est malmené depuis une cinquantaine d'années, alors qu'il existe instiutionnellement, conventionnellement, depuis 60 ans. Donc, cela n'est pas une garantie suffisante. Et beaucoup d'États l'appliquent plus ou moins, s'ils l'appliquent...

Je crois qu'il faut aller bien au-delà d'une réflexion sur l'asile et se demander comment un principe d'hospitalité, à la fois juridique et politique, de reconnaissance d'une citoyenneté, peut être adopté à un niveau global et ensuite national.

"Un moment pathétique pour les États-nations"

Mais cela suppose un consensus au niveau de la population. Or, l'hostilité envers les étrangers semble venir de la population, induisant les gouvernements à prendre des mesures allant dans le sens de l'opinion générale, ou supposée telle...

Oui, supposée... Moi, je ne suis pas sûr que cela vienne des sociétés. On peut dire que cela vient des États, des gouvernements, qui se donnent cette affaire de contrôle des frontières un peu comme dernier bastion de leur souveraineté. On est de plus en plus dans des sociétés transnationales, avec la perte de souveraineté sur le plan économique, sur le plan des communications, sur le plan culturel, sur plan de l'organisation des sociétés... Les familles sont de plus en plus multiculturelles, multinationales.

Que peuvent encore contrôler les Etats? Eh bien, ce sont les frontières pour empêcher le passage des individus les plus vulnérables. Ceux qui viennent sans visa, sans droits... C'est un moment pathétique pour les Etats-nations.

Moi, j'ai envie de dire qu'il faut déjà penser à l'après. Le niveau européen est très important, au-delà il y a des niveaux régionaux. Le monde peut très bien se réorganiser en grandes parties, et l'Europe a une relation historique, ancienne avec le Proche-Orient et avec l'Afrique. Relancer, recréer cette relation-là serait une force plutôt qu'une faiblesse, à la fois sur le plan de la liberté de circulation comme sur le plan économique et, pourquoi pas, politique.

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